Projet Wing Chun dans une perspective féministe

La légende raconte qu’une nonne bouddhiste, Ng Mui, de la province du Fujian, au sud-est de la Chine, apprit les différents styles de kung-fuides animaux (tigre, dragon, mante religieuse, grue, singe, serpent), puis développa son propre style. Yim Wing Chun, une femme engagée dans un duel contre un homme qu’elle refusait d’épouser, demanda de l’aide à Ng Mui qui lui transmis sa pratique. Yim Wing Chun gagna son combat, puis enseigna à son tour, laissant son nom à cette pratique.


Le wing chun estun art martial ancien – wushuii qui aurait été mis en circulation par deux femmes. Cette légende invite à parler du rapport des « femmes » aux arts martiaux. Il est
difficile de parler en général, parce que toutes les femmes et autres personnes dont le genre ne correspondant pas à homme/femme, n’ont pas reçu exactement les mêmes éducations, et n’ont pas toutes les mêmes positions sociales (racisme, genre, rapports entre classes
sociales, orientations sexuelles, conditions physiques…).


Pourtant, dans l’histoire, des évidences et des habitudes se répètent et rappellent qu’il y a une hiérarchie des sexes qui s’imprime dans les corps et dans les mouvements. Souvent alors que certains garçons s’entraînent à se battre « pour rire », à connaître et à utiliser leurs capacités physiques, beaucoup de filles grandissent dans l’immobilité, par une occupation discrète de l’espace et une attention portée plus vers les autres que vers elles-mêmes.
Nombre d’hommes cisgenres fréquentent des clubs d’arts martiaux/de sports de
combat pour devenir plus forts, pour savoir se battre ou tout simplement pour s’amuser en se confrontant à leurs adversaires.

Il ne s’agit pas de se comparer, ou de s’opposer avec des hommes, mais plutôt de se faire une place dans les arts martiaux par et pour nous-mêmes.


Pourquoi un cours de wing chuniiipour tout.e.s ?

Le wing chun cherche à ce que tout le corps devienne une arme : sentir la puissance que
l’on peut déployer, au delà de la pratique d’auto-défense, il s’agit de développer un corps présent ici et maintenant.

Vivre dans une société faite par et pour certains hommes (dans un système postcolonial et normatif sur la sexualité, le genre et la classe) comporte des risques réels pour les femmes  et les personnes vivant une autre identité que celle construite par le patricarcat (tracas du quotidien, harcèlements, violences verbales, physiques, viols). La pratique du wing chun donne de la force et permet d’acquérir une posture solide plutôt que de recourir à des stratégies d’évitement malheureusement courantes chez les femmes et les personnes discriminées par le genre, la sexualité, la classe : effacement, résignation, peur, limitations dans les déplacements…

Au delà des techniques, le wing chun aide à comprendre les dimensions de son corps, à acquérir de la stabilité, à se sentir bien dans l’espace. Par l’apprentissage de gestes simples et efficaces, la pratique formate le corps, il ne s’agit pas d’être dans la performance physique mais d’avoir de nouveaux réflexes.

Le wing chun est basé sur une logique : accepter la force qui arrive, contrôler
cette force avant qu’elle nous submerge, et la redonner à son
adversaire. Les principes de bases sont simples. Ils se fondent sur
une géométrie de la structure des corps : des déplacements, une
ligne centrale et un triangle. L’entraînement se fait par la répétition de trois formes à mains nues, d’une forme au mannequin de bois et par la pratique des mains collantesiv.

Toute la pratique s’effectue relâchée, sans pression, sans tension et en lenteur puis en puissance avec de la vitesse. Cette manière de s’entraîner aide à mieux gérer les émotions particulièrement le stress et la peur.

Elle permet d’acquérir une conscience du corps, de le comprendre, pour ensuite pouvoir être rapide et contrôler sa force. Peu à peu on se rend compte que l’on attaque en même temps que l’on se défend. Cette forme de maîtrise du corps peut aussi aider à améliorer des
problèmes physiques récurrents.

De fait, travailler sa posture joue aussi sur la représentation que
l’on se fait de soi- même. La pratique du wing chun transforme le langage corporel de chacun.e, ce qui aide aussi à améliorer en profondeur l’ego en consolidant ses bases.

Dans le Wing Chun, il n’y a pas de compétition, pas d’échelon à gravir, c’est une
pratique de groupe qui incite à l’échange des savoirs-faire.
C’est une chance pour développer une force de groupe entre femmes.

  1. i
     Kung fu se traduit par une « excellence obtenue après un
    dur travail ». L’expression est couramment utilisée en Europe
    pour décrire des arts martiaux.

  2. ii
     A l’origine, wushu signifie « art s’opposant à la violence ». On peut le traduire par
    « arts martiaux », ce qui inclut l’entraînement d’auto-
    défense, la méditation, la philosophie, la calligraphie, la pharmacopée, l’acupuncture, les massages et d’autres exercices de soin du corps (Qi Gong). Pour désigner les arts martiaux, il serait convenable de dire kung fu wushu ou accomplissement par les arts s’opposant à la violence.

  3. iii
     Il existe plusieurs écoles de Wing Chun, le style proposé appartient de l’école Wong
    Shun Leung.

  4. iv
     La première forme de Wing Chun s’appelle Siu Nim Tao, « la petite idée », c’est l’alphabet de la pratique. Les deux autres formes ChumKiu et BiuJee améliorent les mouvements : concentration sur la force du bassin et sa connexion avec les coudes. Le mannequin de bois Muk Yan Jong ou les mains collées à celles d’un autre : Chi Sao permettent permettent de continuer à progresser, de préciser ses gestes en cherchant l’ouverture dans la garde du partenaire.


    https://editionsasymetrie.org/nannu/les-feministes-contre-le-harcelement-sexuel-en-chine-3/